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Interview Aïda Sock

Aïda Sock vient de sortir son nouveau et premier projet S.A.H.H. Bon prétexte pour s’entretenir avec  cette jeune artiste passée notamment par la célèbre émission The Voice Afrique Francophone, show durant laquelle elle a séduit des milliers de téléspectateur-rice-s.

Bonne lecture.

RD : Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

A.S : Moi c’est Aïda Sock, Sock Aïda comme j’aime dire, j’aime bien m’amuser avec ça. Une artiste sénégalaise, chanteuse, mannequin, entrepreneure, beaucoup de capuches.

RD : On te voit beaucoup partager des morceaux ou contenus en rapport avec le reggae. D’où tires-tu cet amour?

A.S : Oui. Le reggae c’est une des musiques les plus perçantes je trouve. Parce que c’est une musique qui va direct à l’âme quand tu l’écoutes. Et je suis une grande fan.

RD : Comment est née cette passion ?

A.S : Le reggae c’est depuis que je suis petite parce que mon grand-frère écoutait en boucle du Bob Marley, donc depuis petite, j’ai toujours eu tendance à écouter du Bob Marley. J’ai ses vinyles à la maison venant de mon père donc, on va dire que j’ai grandi avec.

RD : En 2011 ton premier titre s’appelait “The highest“. La première version. Morceau élaboré avec des amis dans un home studio.

A.S : Oui il y a une première version. C’est le premier morceau que j’ai enregistré en studio avec des amis. Et cette version-là, il y a des gens qui ont eu l’occasion de l’entendre. C’est le premier titre que j’ai enregistré en studio de ma vie.


RD : Tu enregistrais des titres que tu gardais toujours en cachette, si on se réfère à ta bio…

A.S : Les autres titres que j’ai enregistrés après ça, c’est quand je suis rentrée à Dakar et que je passais du temps au studio Buzzlab. C’est là que je me suis mise à expérimenter, à voir ce que ma voix pouvait faire, et puis les gars me poussaient. On faisait des sons que j’écrivais vite fait. Maintenant que je les réécoute d’ailleurs, c’est assez marrant parce que c’est des très bons sons et je me dis que j’avais déjà quelque chose Sourires.

RD : Pourquoi en cachette ?

A.S : Parce que je ne pensais pas encore être au niveau de sortir des titres. De deux, je n’étais pas encore prête pour être artiste. De trois, il y a les raisons pour lesquelles je n’étais pas prête pour être artiste parce que bien sûr ma famille n’était pas du tout pour, et il fallait que je trouve le courage de me trouver et me lancer. J’avais aussi déjà une carrière, j’étais déjà en train de travailler dans l’entreprenariat avec la famille.

RD : Tes premières apparitions en live c’était quand?

A.S : C’est marrant parce que personne n’est au courant de ça. C’était quand j’étais beaucoup plus jeune, à San Francisco avec mon frère. Il y avait un grand concert qui se passait, dans une grande salle avec les jumeaux du Mali. C’était un spectacle de danse, et on l’a ouvert avec un son qu’on avait écrit, qui s’appelait «Sénégal Sunugal», par rapport aux lions du Sénégal.

RD : C’était en quelle année ?

A.S : Je sais même plus, tellement ça fait longtemps. Je n’avais même pas quinze ans. Mais sinon à part ça, les premières scènes, c’était vraiment avec Daara j family, chanter avec Faada Freddy et Ndongo D.

RD : Tu avais lancé un business en 2013, le Layu. Ça existe toujours ?

A.S : En 2013, je suis rentrée à Dakar pour ouvrir ce business qui est le business de ma sœur, qui s’appelle Layu. C’est un magasin et un café. Il y a aussi une librairie, qui est beaucoup plus focalisée sur les livres de cuisine, la littérature africaine. Et oui, ça tourne toujours.

<< The Voice Africa fût une expérience très stressante, mais aussi très enrichissante.>>


RD : Tu viens de dire que t’as été sur scène avec Daara J Family. Ça t’a fait quoi de partager la scène avec ces deux légendes.

A.S : Ça c’est des choses que je n’oublierai jamais de ma vie, parce que c’est des personnes qui m’ont boostée à savoir comment la scène se passe et surtout, ils ont cru en moi, m’ont donné cette porte, de pouvoir même chanter un son tout entier avec le band. Et chaque fois, j’ai appris quelque chose.

RD : Y a eu Keziah Jones et Nneka aussi.

A.S : Oui ils étaient venus pour la biennale. À ce moment-là, j’étais chargé de m’occuper d’eux pendant leur séjour ici. Et on a tellement cliqué qu’ils m’ont parlé de leur mouvement qui s’appelle « Lagos underground », et c’est quelque chose qu’ils font ensemble avec d’autres artistes issus d’un peu partout dans le monde. C’est un collectif on va dire qui est basé sur l’art underground. Un matin, on s’est dit pourquoi ne pas faire une Jam Session avec tous les musiciens d’ici et on a fait ça au Charly je me rappelle. C’était franchement un bon moment parce qu’il y avait plusieurs musiciens qui sont venus. Il y a avait Alain Ayono, saxophoniste de Youssou ndour, son bassiste, Moh Dediouf qui était là aussi, Phillipe Olivier Basque, un bassiste aussi a joué avec Keziah Jones. Franchement c’était un très bon moment avec des pros.

RD : Parle-nous de l’expérience Voice africa.

A.S : The voice Africa. L’expérience la plus stressante de ma life RIRES.

Une expérience très stressante, mais aussi très enrichissante. Je pense que c’est les choses que je peux vraiment dire de cette expérience.

RD :  Ça t’a apporté plein de bonnes choses dans ta jeune carrière je suppose ?

A.S : Ça m’a apporté des amitiés, comme notamment Saliouh et Obree Daman. C’est là-bas que j’ai rencontré OMG. J’ai rencontré plein de monde la-bas, Boubabacar Diallo. Beaucoup de liens, comme avec Marie Love avec qui j’ai fait mon battle. Mais franchement de très bons liens et surtout un grand apprentissage et de la visibilité.

RD : Mais t’as senti que depuis ton passage à Voice Africa, tout s’est accéléré ?

A.S : Fofu leu balle bi taaké Rires.

RD : Vous proposez plusieurs styles musicaux : Soulful, Afro, et Hip Hop tout au long du projet. Lesquels vont ont bercé durant toute votre enfance. C’est ce que sous souhaitiez transmettre dans ce projet ?

A.S : Oui totalement, c’est les styles avec lesquels j’ai grandi, que je kiffe, que je découvre. Donc ça évolue. Pour ne pas dire que c’est plusieurs styles, moi je vais dire que c’est ça mon style, Soul afro et Hip Hop parce que c’est vraiment la base. Après y a d’autres styles qui peuvent se rajouter, mais c’est une expérimentation aussi. On cherche à trouver la bonne combinaison pour changer un peu de vibe,  c’est un style qui englobe tous les styles.

RD : Et c’était qui tes idoles ?

A.S : Bien sûr tout le monde s’attend à ce que je dise Lauryn Hill, Erykah Badu. Ces deux m’ont beaucoup influencé. Bob Marley bien sûr. Et beacoups d’autres artistes africains comme Hugh Masekela par exemple.

RD : Hiphop ?

  1. S : Nas. Je suis une grande fan de Nas. Common. Et j’ai toujours été une fan de Nipsey Hussle,  qui malheureusement nous a quitté, que la terre lui soit légère.
<< Je ne voulais pas forcément faire directement un album. Je voulais sortir un projet qui soit quand même concret, et qui soit un peu comme un cv, une présentation de ce que je suis et de ce que je fais. Pour ne pas brusquer les gens directement avec un nouveau genre de musique, mais de leur montrer progressivement ma progression, leur faire comprendre la vision musicale que j’ai.>>

RD : Dans quelle ambiance avez-vous conçu ce projet ?

A.S : Une ambiance cool franchement. Pas de stress, tranquille, on était au studio à la MCU, entre gens qui se connaissent. Il y avait Passa qui passait dès fois, mon manager Marie et Samuel Tingbo l’ingénieur son.

RD : Vous avez tout bossé là-bas ?

A.S : On a tout bossé là-bas. On a enregistré, on a mixé et tout masterisé là-bas

RD : Il y a un label derrière ?

A.S : Non je suis indépendante.

RD : Le projet est assez court. Normal pour un EP. Tu as voulu y aller crescendo dans tes projets c’est ça ? Je veux dire suivre le process classique, mixtape, EP, puis album ?

A.S : Bah non je ne voulais pas forcément faire directement un album. Je voulais sortir un projet qui soit quand même concret, et qui soit un peu comme un cv, une présentation de ce que je suis et de ce que je fais. Pour ne pas brusquer les gens directement avec un nouveau genre de musique, mais de leur montrer progressivement ma progression, leur faire comprendre la vision musicale que j’ai.

RD : L’intro est produite par l’artiste béninois Samuel Tingbo.

A.S : Oui Samuel c’est lui qui a mixé, masterisé les prises du projet. Excusemymix c’est lui. Donc c’est un beatmaker, c’est un chanteur, un compositeur, un mixeur, un ingénieur-son.

RD : Un génie

A.S : C’est un génie voilà. Et oui c’est lui qui a fait le premier son.

RD : Alors il y a une grand-mère qui chante tout au début. Vous nous expliquez un peu.

A.S : C’est ma tante en fait. Une de mes tantes de Ngaye, mais elle habite ici à dakar à Guediawaye. Ma famille Sock est de Ngaye Mékhé. Je lui ai demandé « Tata est ce que tu peux me donner un quelque chose que vous chantiez durant votre jeunesse à Ngaye ? », parce que je voulais représenter mes origines ADIOR [NDLR: habitants du Cayor, ancien royaume du Sénégal].

Et elle m’a donné cette chanson. C’était très compliqué pour faire le son parce qu’essayer de lui faire chanter dans les temps, c’était compliqué. Mais elle m’a fait un voice note que j’ai utilisé plus tard. Je voulais garder cette authenticité et le fait que ça soit naturel.

RD : Le koriste Ndo Mbemba Kanouté a joué sur l’interlude. Les notes sur « I don’t care » c’est toujours lui ?

A.S : Oui c’est lui. Il fait partie de ma bande, la Dream Time.

RD : Donc il va jouer tout à l’heure

A.S : Oui il va jouer.

RD : Comment as-tu découvert ces beatmakers et musiciens d’origine diverses et comment se sont effectuées les links pour les morceaux. Eux et Ben Aflow ?

A.S : C’était pas forcément fait exprès. Parce que c’est des gens que j’ai connus et ça a cliqué direct et on s’est compris. Ils ont compris ma vision, moi j’ai compris ce qu’ils sont capables de faire, puis on mélange les idées, et ils m’aident beaucoup à avancer C’est des personnes qui m’ont beaucoup apprises. Donc Samuel on s’est rencontrés ici à Dakar, quand il venait d’arriver. Il travaillait à African Victory etc. Je passais beaucoup de temps là-bas avec eux. On s’est connus puis voilà, des années plus tard on s’est retrouvés puis on s’est dit «allez on fonce! »Ndo aussi c’est pareil. C’est lui qui était là depuis le début. Ben Aflow, on s’est connus au studio Sankara, à travers Awadi. Et depuis ça aussi pareil.

RD : Comment s’est effectué le choix des producteurs en fin de compte ?

A.S : Je savais ce que je voulais, la direction où je voulais aller, je connaissais leur boulot, et où est-ce qu’ils ont des forces. Je me suis dit, là je sais que telle personne pourra vraiment me donner ce que je cherche. Donc chacun avec sa touche.

RD : Tu as co-produit le morceau « The Past » avec FManel c’est ça.

A.S : C’est pas avec Manel. Il a fait des voix dessus. C’est pour cela qu’il est en featuring.

RD : Par contre je ne l’entends pas sur le morceau…

A.S : Il est là hein. Il est bien présent. Mais il n’est pas en featuring, il est là, il a fait les voix et c’est des voix très importantes. Et c’est ça qui est bien, le fait que tu ne fasses pas attention. Pour dire à quel point il est fort.

Et quand il s’agit de la coproduction, c’est de la co-composition. C’est une composition que j’ai faite à la guitare, et j’ai demandé à mon guitariste de matérialiser. C’est un guitariste dingue, il joue au tama avec sa guitare quoi.

RD : As-tu reçu des feedbacks sur ce projet ?

A.S : Oui. Franchement que du positif. Je ne peux pas me plaindre pour l’instant. Je ne me plains pas et j’espère ne jamais me plaindre

RD : Ton morceau préféré de l’EP ?

A.S : «I don’t care»

RD : Pourquoi ?

A.S : Je ne sais pas. Il a quelque chose ce son. Je ne peux pas l’expliquer en fait. Ce son me procure un feeling. Il a le côté musicale et mélodieux, comment le  morceau est agencé, Etracc a réussi à sortir exactement ce côté-là. Et la kora est venue ajouter tout ce qu’il fallait. Le solo de Kora est juste incroyable. Et pour moi c’est un son, quand je le joue en live, et que le guitariste commence à s’amuser, oh moi je suis partie, je ne chante plus Rires.

RD : Pour la conception de la cover. Comment ça s’est passé?

A.S : Pour la couverture, à la base c’est des photos que j’avais faites avec une styliste qui est camerounaise mais qui habite en Afrique du Sud, Balki. On s’est rencontrées à The voice. Et à un moment, elle est venue à  Dakar, elle cherchait un photographe et je l’ai mise en rapport avec Moshady de Blackaneze. On a noué une amitié, Mo Shady est un frère aussi. Un jour, on était assis, on avait rien à faire, on s’est dit « venez on fait des photos, on a une model, on a un photographe et une styliste. Pourquoi on est assis et on fait rien ? » Et c’est comme ça qu’on a fait les photos et Moshady les a modifié et on en a fait la cover. Voilà l’histoire.

RD : Tu rappes sur deux ou 3couplets il me semble. « Never again » & « Road to redemption ». On peut s’attendre à d’avantage de couplets carrément rap dans tes futurs projets ? On voit déjà que tu te débrouilles bien sur les Alienzik et Ghha cyphers.

A.S : On peut s’attendre à tout. Tout est possible RIRES.

RD : Pour finir, comment décrirais-tu le projet en un mot ?

A.S : C’est SAHH !

RD : Vous jouez en live ici tous les vendredis. Tu nous présentes la bande ?

A.S : Le groupe s’appelle Dream Time. Je vais vous donner une petite anecdote. A la base, le groupe s’appelait  Dream Team, et le joueur de kora, à chaque fois que je disais «Dream team», il n’arrivait pas à dire «team», il disait «time».  A la fin, on lui dit autant dire Dream Time RIRES.

Donc je vous présente le premier élément qui a sorti le nom, qui est Ndo, le joueur de kora que vous entendez dans « I don’t care » et l’interlude. C’est le grand frère, le daron, c’est lui le sage. Ensuite on a Natty, The groove girl qui est à la basse. Ensuite on a Abou, que j’appelle Agbou, c’est lui le batteur. On a Kevin à la guitare, qui a un style congolais et sénégalais à la fois, il parle wolof et tout. Et on a le clavier, Michel dit CLAVINOVA, qui est un petit fou, il met le feu. C’est le petit frère d’ailleurs de Mermoz qui joue au clavier pour Daara J , Awadi, et beaucoup d’artistes. Franchement je suis bien contente de l’avoir dans ma team, comme je n’arrive pas à avoir Mermoz. RIRES.

RD : Des dates de concert prévues ?

A.S : Pour le moment, c’est tous les vendredis pendant le mois d’avril ici à la Cabane du Surfer. Le 4 Mai on joue à la cave du Djolof en face de Soumbedioune, là-bas c’est sur entrée. Ici à la Cabane c’est gratuit. C’est vraiment pour faire découvrir aux gens mon monde, mon live set. Mais des dates vont venir et je vais les confirmer et les annoncer sur mes réseaux sociaux.

RD : Des projets imminents ?

A.S : Toujours !

RD : Un album j’espère ?

A.S : Oui un album. Après l’EP, j’aimerai vraiment sortir un autre projet cette année, si Dieu me le permet. À part ça, y a  aussi des singles et des featurings qui sont pas mal du tout qui vont arriver. Je sais que vous avez entendu parler de Mamy Victory et moi, à un moment donné. On a fait un son et franchement, toutes les deux, on est super pressées que le son sorte, parce qu’on le kiffe comme jamais.  On s’assoit à l’écouter.

RD : Faut le sortir alors…

A.S : Ça va sortir, c’est dans son album.

RD : Ton dernier mot ?

A.S: Un grand DIADIEUFEUTEEE à tous mes supporters. Je suis juste super reconnaissante de pouvoir vire mon rêve et de faire aimer de par ma musique.