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Interview F.Manel Sembe


On a rencontré F.Manel(du groupe S’killaz) à l’occasion de la sortie de son premier projet solo, F The World.

Rap Djolof : Pouvez-vous vous présentez en quelques lignes ?

F : Moi c’est Fmanel Sembe. Membre du groupe Skillaz, et du label Wakhart Music. Je viens de sortir mon premier album solo intitulé F The World.

RD : Comment avez-vous découvert le Hip Hop ?

F : J’ai découvert le hip hop via mon grand-frère ainé, qui lui aussi est artiste. Bon maintenant, il fait quelque chose de très différent; mais à l’origine il a commencé par le hip hop. Donc Ibaaku [NDLR : Anciennement connu sous le nom de Staz, étant membre du groupe LZ3]. Il a commencé par le hip hop, il était rappeur. Donc, c’est lui qui m’a mis dans cette mouvance-là, et qui m’a fait écouter mes premiers sons de hip hop, il m’a fait kiffer et depuis ça, je n’ai pas arrêté d’écouter du hip hop. J’ai développé mon amour pour ça, j’ai développé ma culture du hip hop et tout quoi. Donc voilà, c’est quelque chose qui remonte à l’année de mes 10 ou même 9 ans. Donc, c’est à cet instant que j’ai découvert le hip hop. J’entendais ça autour de moi, mais ce n’était pas mon focus.

RD : Vos influences au début sont principalement vos parents, votre grand frère et Jayz.

F : Alors ça commence d’abord par mes parents. Ma mère a beaucoup fait de la chorale. Elle a été élève de Julien Jouga [NDLR : créateur et directeur de la chorale paroissiale Saint Joseph de Médina.Il participera à l’essor du chant choral au Sénégal. Disparu en 2001], à l’ancienne tu vois.  Mon père était un grand mélomane qui écoutait différents genres musicaux, mais il avait un amour particulier pour le jazz. Et donc ça nous a mis dans une certaine ambiance et culture. Staz a été le premier à décider de devenir un musicien lui-même. Ça, les parents l’ont favorisé. Ils l’ont mis en cours de musique pour qu’il apprenne à jouer du clavier. Après, ça n’a pas été le cas pour nous, on n’a pas manifesté cette fibre-là très tôt. Donc moi je suis venu direct, j’ai commencé à rapper et plus tard, j’ai commencé à chanter.

RD : Comment viviez-vous les répétitions de LZ3?

F : Ça se passait dans ma chambre très souvent. Donc la chambre que je partageais avec mon grand-frère.Donc quand il y avait des répétions, les gars étaient là, ils mettent leurs beats, après commencent à poser.Moi j’étais assis là à écouter, tout silencieux. A cet âge-là, je ne comprenais pas trop dans quelle ambiance ils étaient, mais je kiffais déjà.

RD : C’était à quel âge ?

F : En ce moment-là j’avais treize ans et j’étais là posé comme un gamin avec des mecs qui en avaient vingt ou plus. Des étudiants de toute nationalité à l’époque. Les gars étaient là, ils  freestylaient. Et j’entendais parler d’un gars qui s’appelait Bugz. Paul Sambou, il a produit et mixé pas mal de proejts rap galsen.

RD : Jayz fut votre principale influence. Et vous avez merveilleusement repris d’ailleurs Song CryPourquoi lui pas Nas ou un autre par exemple?

F : Franchement c’est difficile à dire. Je suis un grand fan de Nas. Là où je cite Jayz, je cite Nas quoi. Pour Nas, disons qu’il me fallait plus de maturité pour le comprendre, donc c’est avec le temps que c’est venu. C’est avec le temps que j’ai vraiment vu la valeur de Nas en fait. Mais au départ, c’était Jayz parce qu’il a un charisme qui tape à l’œil. Il a cette attitude, il est vraiment hip hop quoi. Et donc moi, je m’identifiais à ça, son attitude m’a donc plu, en dehors de la musique bien sûr.

Lyricallement, quand j’ai commencé à étudier les textes des gars, j’ai vraiment compris la valeur de Nas. Nas c’est autre chose, c’est un autre délire. Pour le morceau « Song Cry », c’est l’époque durant laquelle je me faisais mes dents dans le rap quoi. Vu que Jayz c’était mon inspiration première à cette époque-là, j’ai écouté ces albums. Song cry c’est le Blueprint je pense [NDLR : Deuxième single de l’album Blueprint1, sorti en Mars 2002 et produit par Just Blaze]. J’ai découvert le son je me suis dit : « anh ». Ce beat, l’histoire, tout me parlait tellement et puis voilà quoi. J’ai senti cette touche personnelle. J’avais l’impression vraiment que c’était Jayz qui me parlait dans son histoire. Donc, c’est vraiment ce que je kiffe avec le rap américain. Je m’exerçais à faire pareille, à m’inspirer de ma propre vie pour écrire en fait, ou de m’inspirer de choses réelles plutôt que de les inventer tu vois. Donc c’est ça en fait qui a fait le morceau « Song Cry ».

RD : Parlez-nous de vos débuts en tant que rappeur.

F : Comme je disais hein. C’est LZ3 [NDLR : lle collectif LZ3 Lyrical zone 3, fût crée en 2001 et  regroupait en plus de Staz, Shango et Ceptik d’autres MC’s comme BelbH, Diosa, Nems le fauve,  James Kendo, Daddy Elie, ou encore Rozo et K-iD de Chronik 2H] qui a poussé les choses et que je me suis mis à écrire et tout.

RD : Tu te souviens de ton premier morceau ?

F : En fait, j’ai toujours mes premiers cahiers de texte, mais je ne me souviens pas de mon premier morceau. C’était en français c’est sûr. Au tout départ c’était tout en français, et ensuite jusqu’à l’année où je suis retournée vivre à Dakar plateau. J’avais un ami d’enfance qui m’avait présenté Charlie, quand on avait 11ans. Charlie et moi, on habitait le même quartier à la Médina. On a un amour commun pour le dessin en fait. Donc il dessinait tout le temps, on dessinant ensemble. Maintenant, j’ai quitté Dakar-Plateau puis je suis revenu des années plus tard. Et j’ai revu Charlie et l’ami qui nous avait mis

ensemble,qui nous mis aves Ludovic. Et c’est là que j’ai recommencé à écrire. C’est là que l’aventure Skillaz a commencé. Elle commence peut-être un an  ou deux années après que j’aie commencé à écrire. Et eux aussi ils avaient commencé  à cette période. Après maintenant, toute mon expérience en tant que rappeur, c’était entre Ziguinchor et ici. A Ziguinchor, je découvrais le truc, donc je me connectais avec les mecs de là-bas, on allait en studio, on faisait des prestations dans les écoles, les FOSCO. Et quand je venais à Dakar grâce à Staz, on pouvait aller au studio  3***9 pour enregistrer etc. 

Donc c’était ça mes premiers pas en tant que rappeur et c’était vraiment cool.

RD : La plupart des gens ont connu Fmanel à travers le groupe Skillaz. Qu’en est-il de ce crew maintenant ?

F : On me pose beaucoup la question. Avec le groupe, ce qui se passe en fait, comme on en parlait tantôt, chacun a ses différents chemins et donc là maintenant, on est sur trois continents différents tu vois.Mais ça n’empêche pas le boulot. C’est-à-dire qu’on savait que ça allait arriver. Parce qu’on l’a vu avec d’autres personnes, on a anticipé le truc voilà donc

pour nous ce n’est pas une barrière. Le groupe existe toujours, la musique elle va arriver. Maintenant l’approche est différente,  on se voit plus comme un collectif que comme un groupe. A l’époque, on était un groupe, tout ce qu’on faisait, on le faisait ensemble tu vois. Chacun peut faire ses propres trucs. Et ce qui est cool dans ça, c’est que chacun continue avec lui le boulot de Skillaz, garde avec lui l’identité de Skillaz. Et donc, ça permet de toucher encore plus de gens pour moi en fait. Si chacun part de son côté en missionnaire…

RD : L’esprit Skillaz est toujours là…

F : Exactement tu vois. Et ça se sent dans nos projets.

C’est l’intensité que tu mets dans les projets en fait. Le travail que tu fais là-dessus,le travail créatif, la technique, l’énergie etc. C’est vraiment ça qui définit le statut d’un album quoi.

RD : Avec le recul, comment jugez-vous vos projets antérieurs? BolouDof The Mixtape et Ngem Ngem.

F : Pour moi, Ngem Ngem est beaucoup plus abouti que Bolou Doff qui était une mixtape. Mais ce que j’aimais dans Bolou Doff, c’est toujours le contexte dans lequel on l’a fait, l’énergie qui avait dedans. Tu vois clairement que les gars sont en train de construire une identité, ils sont en train de chercher. Donc ça c’était cool. J’aime bien Bolou doff pour ça.

Jusqu’à aujourd’hui,si je retrouve un morceau de Bolou doff ça me fait rire et je kiffe tu vois. Après, Ngem Ngem c’était là où on a commencé à construire notre identité, à se dire : « Ok nous c’est ça qui nous ressemble, c’est vraiment ça qu’on peut tester ». Et tu le sens dans la musique. Comment elle est élaborée etc. Et franchement, pour moi, ce sont des projets

qui valent leurs pesons d’or, surtout Ngem Ngem. Franchement, jusqu’à aujourd’hui, il y a des gens dans le game, ou des gens qui avaient acheté le cd, qui nous disent les gars : « Cet album-là menotolen ko ». Donc j’apprécie vraiment ces projets-là.

RD : Vous aimez rapper en anglais, vous vous sentez mieux avec cette langue ou vous visez une plus grande portée de vos textes. Déjà vous avez la possibilité de rapper en trois langues. Ça offre plusieurs possibilités en fait.

F : Ça ouvre beaucoup plus de perspectives oui. Même créativement, tu as beaucoup moins de limitations, tu peux vraiment profiter de ça. C’est ça l’avantage que nous avons au Sénégal. On a tellement de cultures. Un américain ne peut pas faire ça par exemple. Moi, ce n’est pas une question d’aisance. Pour moi, c’est d’abord une question de feeling. Comme je te disais, Jayz a eu une grosse influence sur moi mais au départ c’était Booba anh. Je me prenais pour Booba, et après, quand j’ai découvert Jayz, je me suis dit : « damn ». Quand j’ai compris ce que les gars disaient, je me suis dit, c’est un délire. Après, j’ai toujours beaucoup aimé l’anglais, c’est une langue qu’on parlait un peu dans la maison tout ça, tu vois. Du coup c’est ce qui m’a mené sur ça. C’est par la suite que je me suis rendu compte que ce truc était un avantage.

L’avantage de pouvoir rapper sur une troisième langue. Ça te permet de toucher plus de gens en fait. Ce n’est que plus tard que je l’ai senti et je me suis dit qu’il fallait vraiment que je développe encore plus le truc, pour aller plus loin.

Que ce soit propre, qu’on puisse me comprendre, que ça ne soit juste pas une question de feeling, ou bien de vouloir tricher sur des gens. Il y a des rappeurs qui ne savent pas parler anglais, qui vont faire semblant et tout.

RD : Vous avez sorti votre premier projet solo début octobre. Album de 11titres. F The World. L’aboutissement de 15années de rap comme tu dis. Ton alter égo Sembé. Déjà pourquoi le choix de sortir le projet en ce moment?

F : En fait, ça coïncide avec les trois ans de notre projet Ngem Ngem. Ça fait deux ans que le groupe est séparé géographiquement. C’est un peu quelque chose qu’on a préméditée. On s’est dit peut-être que c’était le moment d’ouvrir le noyau de Skillaz, pour montrer aux gens ce qu’il y a dedans individuellement, et ensuite revenir à la charge avec un projet. Le fait d’être séparé de mes frères d’arme, des gars avec qui j’étais tout le temps; ça m’a fait me tourner plus vers moi en fait, et me dire est ce qu’il serait temps de faire ton propre truc; parce qu’étant dans un groupe, on prend des décisions de groupe. Donc tout ce qui se fait, ce n’est pas toi, ton avis qui va compter; tu partages tes envies avec le reste en fait. Maintenant sur un projet solo, tu as la possibilité d’exprimer vraiment ce que tu veux clairement, d’explorer ton univers à toi quoi. Et c’est ça qui m’a motivé. Et comme on a dit, ça fait quinze ans que j’ai écrit mes premiers textes et j’avais toujours ça en tête. Je me disais : « putain imagine le jour où j’aurai un album que je pourrai défendre»; aller sur scène, le jouer et tout tu vois. Avoir ce corps de travail tu vois, pour moi c’était impossible parce que je me disais, surtout écrire en anglais, je me disais non je ne serais pas capable d’en écrire autant. Mais voilà quoi, donc c’était un peu pour ça.

RD : C’était un défi.

F : Un défi de longue durée. Et après maintenant, quant à la raison pour laquelle j’ai voulu un album pas une mixtape ou un EP. J’ai travaillé sur ce projet-là, j’ai mis une certaine énergie dedans. J’y ai mis de l’âme et je voulais que ça ait la valeur que ça mérite.

RD : Ca ne pouvait pas être autre chose qu’un album…

F : C’est ça en fait. Pour moi, si tu me demandes, ça dépend des artistes hein. Nous Skillaz, à part Bolou doff qui est clairement une mixtape, pour moi Ngem ngem c’est un album. DNA c’est un album, F the world c’est un album. C’est l’intensité que tu mets dans les projets en fait. Le travail que tu fais là-dessus, le travail créatif, la technique, l’énergie etc. C’est vraiment ça qui définit le statut d’un album quoi.

RD : Vous nous présentez/expliquez un peu ton alter égo Sembé

F : Sembe, comme je dis souvent, est venu se rajouter au moment où j’ai décidé de faire mon truc solo. C’était vraiment pour marquer cette différence, de FManel à Fmanel Sembe. Mais il y a eu une phase de maturité un peu, par rapport à moi, comment je me connais en tant qu’artiste. C’était vraiment pour dire que c’était mon propre univers quoi. Et Sembe, à la

base, c’est un mot en Diola qui veut dire la force. Mais c’est en même temps une appellation que les gens utilisent, comme nous ici, on s’appellerait « Gaindé ». C’est un peu la même chose quoi. Et pour moi c’est justement de mettre en avance cet héritage culturel-là que je veux de plus en plus mettre en avant, parce que j’ai compris que, j’ai beau rapper en anglais, ça ne fait pas de moi un américain tu vois. Et je veux mettre ça en-avant. Je veux me différencier grâce à ça  parce que ça fait partie de moi. Une bonne partie de mes premiers textes qui sont en anglais, a été écrite à Ziguinchor. C’est là où j’ai vraiment développé ça.

RD : Lou Evora a assuré la moitié des prods. Ex membre du groupe Skillaz. C’était tout à fait naturel de lui confier l’aspect musique en partie?

F : C’est venu naturellement. Ça a commencé avec « Lou’s Cannon » je crois. « Lou’s cannon » parce qu’il a fait la prod et tout, il me l’a filé avant qu’il ne bouge. Il m’a dit écoute ça boy. J’ai écouté et tout. La prod cognait. Il me dit ça je l’ai fait pour toi, pose.  Et j’ai écrit vite fait, je l’ai posé, j’ai kiffé l’énergie, donc on a continué comme ça. Parce que de toute façon,

même avant que je ne commence la démarche de projet, Lou et moi on compose en fait. J’allais chez lui, et même jusqu’aujourd’hui, je lui envoie un sample, il dit : « li la degeu boy, écoute les premières secondes de ce son-là, ça claque, vas-y prends ça ». Et c’était vraiment comme ça qu’on bossait, et c’est naturellement que c’est venu en fait. Après maintenant j’ai voulu regarder autour de moi d’autres producteurs.

RD: Le choix des autres beatmakers justement ?

F : Yakine, lui, je l’ai jamais rencontré hein. Il est en France. C’est par Sidy talla et Mic addicted que j’ai entendu parler de lui. Hik il devient de plus en plus prolifique et j’incite les gens à aller écouter ce mec.

RD: On a fait un entretien avec lui il y a de cela deux années…

F : Le gars est trop fort. Il est loin, mais loin. Et les gens ne font pas attention. Moi je suis allé sur son Souncloud. Par exemple, un son comme « Edjaw Boat », je suis allé sur son Souncloud juste pour le découvrir. Je suis tombé sur la prod,

mes larmes ont commencé à couler. Y avait trop d’émotions dans le truc en fait, et je me suis dit ce mec… Ibaaku, je posterai une vidéo où il explique lui-même (rires). Mais lui c’est normal, on est tout le temps dans ses pattes donc quand j’avais une idée pour le son Nina, je suis venu le voir, je lui ai carrément dit que j’aimerai bien faire ça. Et direct, il a commencé à  composer. On a fait une première version, puis une deuxième, une troisième, on a écrit le son ensemble. Chineze et Ophis, c’est mes gars avec qui je traine à la base quoi. On traine ensemble beaucoup et tout. Et donc eux aussi, ils ont mis leurs mains dessus. Ils ont fait une prod et m’ont dit tiens si ça te plait vas-y pose quoi. Hik c’est à distance que ça s’est fait. C’est un mec super sympa, très simple, humble, et qui bosse quoi. Il est super-créatif donc, il m’a ouvert les portes quoi. Il m’a envoyé les prods. Ça a pris un temps anh. Ce fut un processus d’une année. Entre le moment

où il m’a envoyé les prods, le moment où je suis revenu avec les sons enregistrés sur les prods, et le moment où je l’ai payé. Donc voilà, c’était un long process, mais le gars était là cool : « non boy y a pas de soucis, prends ton temps. »

Je suis tombé sur la prod d’Edjaw Boat et ça m’a renvoyé direct à Ziguinchor fin. C’est pour cela que je te disais que j’avais les larmes aux yeux.

RD : C’était compliqué le choix, la conception musicale? D’autant plus que vous ne chantez pas tout à fait dans tout l’album (hormis Edjaw boat, Number 7, et Nina peut être). Mais y a moins de rap, donc fallait impérativement composer la musique (ou choisir les prods) en tenant compte de ce paramètre ?

F : Oui il a fallu par exemple sur l’intro, à l’origine, je n’avais pas de refrain en fait. Ce n’était même pas 2couplets en fait. C’était un couplet enchainé : « Brrrr begining to end, et puis ciao quoi ». Après, j’ai regardé le truc, et vu que maintenant je veux me tourner vers le chant. Le rap je pense que j’ai quand même fait une bonne partie de ma “carrière musicale” à rapper, j’ai envie d’ouvrir d’autres portes et d’expérimenter d’autres trucs. Et ça a commencé avec ce projet-là. Et donc par exemple sur cette prod-là, j’ai chanté par la suite, c’est dans la deuxième version. Et j’ai renvoyé à Lou qui a édité en fonction de ça. Donc il a fallu prendre ça en compte. Et j’ai beaucoup choisi les prods aussi en fonction de ça.

RD : Edjaw boat est le premier single de l’album. Et le morceau est dédié à la Casamance. Vous avez découvert la prod sur la page de Hik vous l’avez tantôt dit. Aprés ça s’est passé comment ?

F : Ça marchait trop avec une image que j’avais. Je suis tombé dessus et ça m’a renvoyé direct à Ziguinchor fin. C’est pour cela que je te disais que j’avais les larmes aux yeux. Et à ce moment-là, ça faisait 6-7 ans que je n’avais plus été à Ziguinchor. J’étais retourné entre-temps mais pas fréquemment. Et la ville me manquait, ma famille là-bas me manquait, j’étais ici en mode Dakar, en mode xoslu et tout. Donc vraiment c’était un moment particulier quoi. Et du coup je me suis dit : « wouh lui, il faut que je lui parle ». Je suis allé lui parler direct. J’ai trouvé son adresse email, je l’ai contacté. Je lui ai envoyé des messages sur souncloud, je l’ai harcelé jusqu’à ce qu’il me donne le truc.

RD : Vous collaborez avec le label Wakhart Music(WAM) depuis quasiment vos débuts.

F : Oui depuis Bolou Doff. On a l’a sorti en partenariat avec WAM et c’est Ngem Ngem qu’on a sorti sous WAM. Donc voilà c’est depuis 2012, ça fait 6ans quoi. Donc on a bossé ensemble sur plein de trucs, et franchement, ils nous ont beaucoup aidés à ouvrir les portes du game galsen déjà. Parce que grâce à eux, on a  fait des trucs pas mal comme

Open doors. On a rencontré plein de ténors du game ici. Ça nous a établi dans le game, dans le paysage du Rap galsen quoi. C’était cool parce que les artistes qui sont dans le label aussi, nous ont beaucoup inspirés et aidés à nous améliorer en fait. Parce qu’à partir du moment où on est entrés dans le label on a  commencé à chacun se regarder en fait,

et à voir ce qu’il y avait de super chez l’autre qu’on n’avait pas, et on a commencé à se compléter. Et donc dans les deux sens, nous face à Ophis, nous face à Moulaye et l’influence qu’ils ont eu sur nous. Parce que eux c’est des lyriscistes. Ils ont eu aussi cette influence sur nous et vice-versa.

RD : Quel est votre point de vue par rapport au Rap Galsen actuellement ?

F : Qualité franchement. De plus en plus de qualité. Après, moi ce que j’aimerai voir, c’est plus de diversité dans le contenu, dans les identités, plus de créativité. Des fois, j’ai l’impression d’entendre des copies. Tu peux écouter plein de morceaux. Tu peux aller à un concert voir différents artistes, et tous vont faire un truc punchy, lourd mais tu ne pourras pas à dire :« ah je suis allé en concert, j’ai vu tel artiste qui ressemble plus à ça, qui était plus comme ça.»Tu vas voir une succession de clones en fait. C’est vraiment ça que je déplore, mais sinon les gars sont beaucoup plus tranchants dans leur manière de

faire la musique, dans la communication, tout. Les gars sont vraiment en train de step up vraiment. Tu sens que les gars ont la dalle, tout le monde veut aller au niveau international et on en a les capacités, on en a les moyens. La créativité elle est là quoi. Maintenant après je pense que ce sera une question d’industrie comme on en parle souvent. De business quoi.

RD : Des évènements prévus pour la promo de l’album ?

F : Oui franchement ce que j’aimerai faire en premier, là ça fait deux mois que le projet est sorti. Donc depuis ce temps-là on travaille à booker un concert. 

RD : Quand ?

F : Je ne sais pas encore, je ne peux pas me prononcer là-dessus. Mais je vous tiendrai au courant.

RD : Comment décrirez-vous l’album, en deux mots.

F : Il y a un mot que j’ai découvert il y a quelques années, que j’aime bien. Catharsis qui est une sorte d’exorcisme. Exorciser ce que tu as à l’intérieur, ouvrir les vannes quoi. Je ne saurais pas le définir de manière académique

mais c’est ça quoi [NDLR : Aristote le définit comme l’épuration des passions qui se produit par les moyens de la représentation artistique. Bref, faites un tour sur wikipedia les amis]. Et le deuxième mot ce sera mutation.

RD : Votre dernier mot ?

F : Comme je dis toujours, suivez-moi sur les réseaux sociaux, suivez-moi à fond; je ne suis pas près de lâcher l’affaire . Surtout quel que soit ce qu’on traverse dans la vie, il faut essayer de voir plus loin que la période actuelle en fait. C’est que des cycles en fait. Et une fois qu’on a traversé ça, ne jamais oublier qu’on a été là et que ça peut revenir là. Donc toujours prendre ces cycles-là pour s’améliorer. Y a un premier cycle où tu vas apprendre, comprendre comment ça fonctionne, ensuite un second cycle où tu es plus rodé, un troisième cycle où maintenant tu maitrises la situation en fait.

RD : La maturité…

F : Voilà c’est ça. C’est des cycles d’apprentissage et il faut toujours en tirer profit et essayer de voir plus loin que juste aujourd’hui en fait.

 

Propos recueillis par Magnsor & Black Milk

Photos: Rap Djolof