LE WEBZINE DU RAP SENEGALAIS

Suivez-nous

Interview: Dizzy Kha

Membre fondateur du brillant label Reptyle Music, le rappeur Dizzy Kha a confirmé son plein retour dans le rap par l’EP Atou Fegn Na, après une assez longue absence ponctuée par quelques singles sortis par intermittence. Entretien avec ce sophomore bien déterminé à rattraper le temps perdu.

Bonne lecture.

Rap Djolof : Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos chers lecteurs ?

D: Dizzy Kha. Artiste rappeur. Mon vrai nom c’est Abdoul Khadre Diop. Je suis membre fondateur du label Reptyle Music.

RD : Comment as-tu découvert le Hip Hop ?

D: J’ai découvert le hip hop via les américains. Je peux dire que quand j’étais jeune, je les écoutais beaucoup notamment T.I, qui est d’ailleurs mon artiste favori. Il m’a beaucoup influencé durant mes débuts dans le rap.

RD : Peux-tu nous parler un peu de tes débuts dans la musique? Notamment au sein de Grand Hustlaz ?

D: Comme je t’ai dit tout à l’heure, T.I. m’a beaucoup influencé. Quand j’ai commencé à rapper avec un copain du nom de Babacar Diassé, avec qui j’ai formé Grand Hustlaz. On a d’ailleurs pris le nom du label de T.I, pour te dire combien il m’a influencé. On copiait tout le temps ce qu’il faisait. J’ai commencé en solo bien sûr avec ma machine. J’enregistrais avec et tout. Mon pote aussi faisait la même chose et appréciait beaucoup T.I. Donc on avait ça en commun, on l’a exploité puis formé le crew. On faisait les prises chez moi, par Reaper, qui était la tendance à cette époque. Il est décédé par la suite donc paix à son âme. J’ai continué en solo après ça.

RD : Vous avez fondé le label Reptyle avec Bizon, si je me fie à votre bio ?

D: Oui quand on était en train de mettre en place le label, c’est Bizon qui était venu chez moi, à Thiaroye Azur pour m’expliquer le projet. Et puisque j’étais actif de mon côté, il me voyait adhérer au projet. Donc je suis parti au studio, il m’a présenté Idy, qui m’a dit la même chose que Bizon quand on a discuté. Donc j’étais partant, en ce moment je n’avais pas de label, j’allais de temps en temps dans des studios pour faire des enregistrements mais je n’avais pas de label. Durant ce temps il n’y avait pas beaucoup de labels, juste quelques studios. Donc c’est dans ce sens que le label fut mis en place. Pour Izo Dass Mind aussi c’était pareille. Donc lui, Tar mic- qui formait Thialuwer avec Bizon- Idy et Bizon, nous cinq, avons formé le label.

RD : Yagga Dream fut ton premier projet.

D: Yagga Dream c’est mon premier projet et le premier projet officiel du label. Donc à un moment donné, j’étais là à enregistrer des morceaux puis on a essayé d’en faire une mixtape. Yagga Dream est sorti le 7 février 2014.

RD : Comment le juges-tu avec le recul ?

D: Récemment j’en discutais avec Bizon justement. Je pense que quand t’écoutes Yagga Dream, il y a des morceaux qui ont le niveau donc je suis satisfait de mon job durant cette période. Le rap a bien évolué depuis, et en le réécoutant, je me dis que j’aurais pu faire beaucoup mieux, ce qui est tout à fait logique. Donc comme je l’ai dit,  il y avait du très bon niveau dans Yagga dream pour cette époque. Malheureusement, je n’ai pas fait la promotion qu’il fallait, parce que par la suite j’ai enchaîné par le boulot donc je n’avais pas le temps pour le faire. Le projet est toujours disponible sur internet, les gens peuvent aller le réécouter.

RD : Tu as longtemps allié rap et étude puis job & business, est-ce que ceci n’a pas constitué un frein à ta carrière

musicale ? T’aurais pu dépasser ce stade, ce niveau.

D: Oui bien sûr. Ça m’a beaucoup freiné. Et comme je dis toujours, c’était la volonté de Dieu. Quand tu regardes, le projet est sorti le 7 février. La veille, j’avais commencé à travailler. C’est-à-dire que c’est durant la semaine de la sortie du

projet que l’on m’a embauché. C’était totalement imprévu. Du coup, j’avais un gros dilemme par la suite. Entre aller travailler et continuer la musique. Et ce n’est pas du tout évident quand t’es un homme, de privilégier le rap à un boulot. C’était un

choix très difficile mais j’ai fini par allier les deux. En ce moment, j’avais fini ma licence et je ne faisais pas grand-chose à part rapper. J’ai commencé à travailler du lundi au samedi, de 09h30 à 19h30, donc tu n’as quasiment plus le temps du tout.

Etant donné que la musique est jalouse, c’était compliqué et j’ai accusé un gros retard dans le rap. En deux, trois ans je n’ai sorti que deux singles.

RD : C’était une période féconde pour le rap en plus.

D: Voilà, par exemple DIP entre-temps il a sorti pas mal de choses et d’autres rappeurs se sont montrés. C’est allé très vite et je ne peux qu’en prendre qu’à moi. Donc je n’ai pas été présent. 2 signes en deux ans c’est rien du tout. Présentement

en une année, je peux en faire 6 normalement. Donc par la grâce de Dieu, j’ai réussi à mettre de côté pas mal d’argent après deux années de boulot, pour m’acheter du matériel et lancer ma propre structure qui me permettra d’être indépendant et de me faire à nouveau de la place dans le rap.

RD : Tu fais partie des premiers artistes du label Reptyle, si je me trompe pas. T’es un peu le Jay Rock du label. Le grand-frère qui a vu évoluer, grandir les artistes que sont Samba Peuzzi ou Dip par exemple. Déjà, c’est ce rôle que t’as ? En dehors d’être un emce qui a signé sur label et devant respecter ses engagements et tout.

D: Ce sont des jeunes qui me respectent. Pour quelqu’un comme DIP, c’est un peu différent parce qu’il nous a rejoint juste quelque temps après la mise en place du label. A peu près un an il me semble, et il a eu le statut de membre fondateur. IL a

sorti son projet par la suite. Puis les autres sont venus. 2016 pour Kanyzii, puis DopeBoy, Samba Peuzi etc. Et ce sont des gars qui dès qu’ils sont venus, ont voué du respect à ceux qui étaient là avant eux. Je suis leur ainé comme tu viens de dire.

Il y a une entente qui existe entre nous mashallah, donc les rapports se passent très bien. On est des camarades, une famille pratiquement.

RD : Ya le respect…

D: Il a le respect en effet, et ils ont conscience que nous avons balisé le terrain et que sans nous, le label ne serait peut-être pas à ce stade

RD : Pourquoi votre absence dans le projet 221 du label ?

D: Le projet 221 c’est un projet de DIP. Il avait pris l’inicitative de faire un projet. On voulait le faire depuis un moment en fait. Reptyle a toujours souhaité faire un projet qui réunit les artistes du label, depuis qu’on était à Thiaroye. Donc à chaque fois qu’on voulait faire le projet, il y avait quelque chose qui bloquait. En même temps, chacun était focalisé sur sa carrière solo donc il n’y avait pas de temps pour faire un projet collectif. Donc on l’a reporté à maintes reprises. Dip s’est dit, à un moment donné qu’il fallait le faire et ça a coïncidé avec l’arrivée de nouveaux membres au sein du label, qui étaient à ce stade, sans projets à leurs actifs. Et durant ce temps, je ne n’étais pas trop actif puisque je faisais mon retour dans le game. Donc j’étais plus dans une logique d’essayer de revenir à un bon niveau. Donc il a surement tenu compte de cet aspect et il a choisi ces jeunes pour les regrouper autour de ce projet, histoire de leur donner plus de visibilité. Mais c’est un projet à lui, les gens font souvent la confusion.

<< On a travaillé sur le projet sérieusement. Le public connait la qualité. Franchement j’ai eu des retours que ne j’attendais forcément pas. >>

RD : Parlons de ce projet, Atou Fegn Na. Pourquoi le choix de ce titre ?

D: Le titre, c’est juste le fait d’avoir fait des projets et de disparaitre un beau jour. Donc La disparition c’était mon job en fait, qui ne me permettait pas de faire de la musique normalement. Pendant trois ans hors du circuit. Le « Fegn » c’est le fait

de démissionner de mon travail pour pouvoir me relancer dans le rap. Donc c’est ce qui a inspiré le titre. «  Atou rerone na légui fegn na »

RD : C’est toi Atou finalement

D: Oui (Rires).

RD : Dans quelle ambiance ce projet a-t-elle été conçu ?

D: Si tu fais attention, depuis fin 2016, c’était « Appart B22 ». C’était l’adresse de notre studio. Par la suite le morceau « Ni Yow », puis «#Odizzynal1» et « #Odizzynal2 », « Aka beuri » et finalement « Karma ». Donc à un moment donné, j’enchaînais les singles, puis je me suis dit: « attends, je dois faire un projet ». Puisque j’étais dans une logique de marquer mon retour. Je sortais des titres tous les deux mois, et c’est après la sortie de « Aka Beuri » que me suis dit que c’était le moment de sortir un projet. Je me suis concentré là-dessus, toujours avec l’esprit d’un retour aux affaires. Ça se reflète sur les morceaux.

RD : Par rapport à la direction artistique, au choix des producteurs. Vous avez tout effectué en équipe ?

D: Oui c’était collectif. Des fois c’était individuel, mais la plupart du temps, tout était fait de façon collective. Il y a un beatmaker qui est au niveau du label, Karabalik. On a travaillé ensemble sur beaucoup de morceaux ici au niveau de ce studio. Je lui fais : « boy j’ai un texte, il me faut une prod ». Il me répond : « montre le texte ». Et à cet instant, il commence à composer la musique. Donc, je prends la prod le lendemain on recommence le process. C’est comme ça qu’on a conçu « Kossiytek », « Des-espoirs » et plein de sons. Y avait vraiment tout le label qui était impliqué. Mon staff aussi qui valide les morceaux.

RD : C’est un véritable travail d’équipe…Et c’est valable pour tous les autres projets d’un artiste du label ?

D: Oui tout le temps. Dopeboy hier nuit était là. IL m’a fait écouter quelques morceaux du projet qu’il prépare, et me demandait mon avis. C’est tout le temps comme ça.

RD : Ta famille revient souvent dans tes textes. Soit des références ou des punchlines. Ta mère avait appelé une fois dans une émission radio je crois où t’étais invité. T’as le besoin de leur montrer ou de faire comprendre aux gens qui t’écoutent que tu tiens grandement à ta famille, et le plus important, qu’elle te soutient ?

D: C’est ça en fait. Y a pas plus important sur terre que la famille. C’est fait naturellement. C’est vrai que ma mère a une fois appelé durant une émission radio. Je ne me souviens plus de la radio. C’était en 2015 si je ne me trompe pas et avec

Dip d’ailleurs. Elle a donc appelé, prié pour moi et c’est tout le temps comme ça. Elle m’appelle tout le temps pour m’encourager. Sur facebook, elle réagit aux publications donc elle me soutient. Mon père c’est pareille. Lui, il était réticent au début. Il n’aime pas les histoires de rap. Mais quand il s’est rendu compte que c’est ce que j’ai choisi,

il a accepté ça et me soutient. Y a un jour c’est lui qui m’a déposé jusqu’ici d’ailleurs. Donc c’est très naturel d’avoir de l’amour pour ta famille. Et je rappe ce que je vis quoi. Souvent c’est la famille, ce que je vis au quotidien, Dieu.

RD : Quels ont été les feedbacks reçus par rapport au projet ?

D: Les retours mashaAllah. Je profite de l’occasion pour remercier les gars. Le projet fut bien accueilli et ça m’a surpris. Je ne sais pas si je leur manquais ou s’ils  avaient deviné que j’étais dans une bonne dynamique avec mes singles sortis. Donc on a travaillé sur le projet sérieusement. Le public connait la qualité. Franchement j’ai eu des retours que ne j’attendais forcément pas. Les statistiques sont sur youtube, au niveau des commentaires…

RD : Par rapport au morceau « Des-espoirs », ce sont tes trois dernières années

que tu racontes dessus non ?

D: On me pose souvent la question justement. On me demande si je parle de moi dans le morceau. Tous mes morceaux sont faits ainsi. Je prends ma vie, et celle des autres parce que je me dis que qu’on vit à peu près les mêmes trucs. On a

presque le même quotidien. Donc « Des-espoirs » c’était moi bien sûr. J’ai généralisé sur certains points, je me suis mis dans la tête de tout le monde. Mais la plupart des paroles dans « Des-espoirs » me concernent. C’est mon vécu, mes ambitions, mon état d’esprit. Et ça naturellement quand les gens l’écoutent, ils comprennent vite que c’est de moi dont je parle sur ce morceau. Mais y a des points où j’ai généralisé, chacun peut s’y reconnaitre.

 <<Je travaille actuellement sur mon album. C’est logique, j’ai fait une mixtape, un maxi donc je peux rien faire d’autre qu’un album.>>

RD : La prochaine étape ? Un album naturellement…

D: Un album ! D’ailleurs je te donne l’exclusivité. Je travaille actuellement sur mon album. C’est logique, j’ai fait une mixtape, un maxi donc je peux rien faire d’autre qu’un album.

RD : 2019 ?

D: Peut-être. Je ne sais pas encore mais je suis dessus. Si je sens que le moment est prêt poule sortir, je le ferai. 2019, 2020 je ne sais pas. Y a d’autres artistes au sein du label donc faut qu’ils sortent leurs projets eux aussi. Ceci n’est pas un

problème mais… Par exemple aujourd’hui, (NDLR :L’entretien a été réalisé le Vendredi 14 Décembre 2018) je dois sortir un clip, Dope doit en sortir un durant le weekend, Dip en a sorti dimanche. Donc ce n’est pas un problème mais des fois, il

faut savoir laisser les autres sortir leurs trucs.

RD : Parle-nous de ta marque de street wear Loci meune.

D: MashaAllah. Depuis que je l’ai créé, les sénégalais l’apprécient. Chacun peut aller avec cet esprit en fait. C’est une marque de streetwear, mais un état d’esprit avant tout. C’était un morceau déjà, qui était dans le projet Yagga dream, puis on l’avait remixé avec beaucoup d’artistes. Par la suite, je me suis dit que ça devait aller plus loin, je devrais en faire une marque pour que les gens s’y identifient. Donc après la création de la marque, les gens l’ont appréciaient. Actuellement on est en retrait pour préparer de nouveaux trucs, changer le visage de la marque, créer de nouveaux trucs. Y aura de nouveaux trucs bientôt.

RD : Alors là, on peut plus de qualifier de rookie, donc disons sophomore . T’as cumulé pas mal d’expérience dans le game. Comment le juges-tu actuellement.

D: Y a des trucs positifs  et négatifs à la fois. Et si tu veux savoir ma vision globale du milieu, écoute « Beckham ». Y a des bosseurs un peu partout, mais je ne vois pas un autre label qui a réalisé autant que le label Reptyle. C’est ce que je sais, et je suis tout ce qui se passe. Donc y a des bosseurs, y a ceux qui gâchent les trucs, mais en gros ça avance. Tu vois nettement la différence entre le rap de 2015 et celui de 2018. Il a un grand avancement. Là, quand tu sors un morceau tu calcules le timing et tout. Y a un très haut niveau et Reptyle y a contribué. Donc ça avance, faut juste industrialiser, apporter des modernités puisque la musique avance.

RD : Créer de la valeur aussi…

D: Oui les musiciens ont besoin de vivre de leur art. Il y a des choses qui se font dans le monde donc on peut s’inspirer de cela. Tu ne peux pas dire que tu rappes sans t’inspirer des américains, ce n’est pas possible. Donc on peut s’en inspirer pour mieux structurer le hip hop, en faire une industrie de telle sorte que l’artiste peut tirer des revenus de sa musique.

RD : Dernier mot ?

D: Je te remercie, toi, Rap Djolof, ma famille, mes fans, le label. Donc le projet est sorti, ceux qui n’ont pas encore écouté allez le faire. C’est un très bon projet.  Je prépare un showcase à Sicap mbao. Je les salue d’ailleurs.