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Interview: Ashs The Best

Fin janvier 2017, un clip -mis en ligne par une maison de production française- dans lequel un jeune rappeur entonne nonchalamment un refrain tiède et étonamment accrocheur fait surface. La vidéo devient virale et affiche à ce jour plus de 28000 vues. Pour un freshman surgi de nulle part, c’est déjà un exploit.

Entretien avec l’auteur de “My Nigga”, Ashs The Best, qui prépare son premier projet dont la sortie est prévue pour Janvier 2019.

RD: Peux-tu te présenter en quelques mots à nos chers lecteurs ?

Je m’appelle El hadji Arfand thiare. On me surnomme Ashs The Best. Je suis né à Pikine mais j’habite Guédiawaye, et j’y ai grandi. J’ai tout fait ici, j’ai découvert le Hip Hop ici.

RD: Tu as découvert la musique grâce à ton père, artiste reggae et ex membre du groupe Niominka bi. C’était du coup tout à fait naturel de faire de la musique ?

On peut dire que j’ai baigné dans la musique parce que mon père était bassiste au sein du groupe Niominka bi.  Et avant que je n’arrive à comprendre beaucoup de trucs, il avait arrêté. Mais j’avais deux grand-frères qui avaient vécu cette période et ça leur a plus marqué. Ils écoutaient tout le temps de la musique hiphop, reggae, soul, rnb etc. Je peux peut-être dire que ça m’a influencé. L’un c’est Paapa rey et l’autre dont je te parlais tout à l’heure, qui travaille avec le label Hikhop mussic

RD: Comment as-tu découvert le Hip Hop ?

Comme je t’ai expliqué tout à l’heure, tout a démarré à la maison. Mon grand-frère a tout fait pour se procurer le bouquet Canal après son BAC. Et tout le temps nous étions sur MTV. J’essayais de reprendre des textes d’artistes que je kiffais, et même en classe, je transformais mes cahiers de cours en cahier de lyrics, où je mettais des textes d’Eminem par exemple. Donc j’avais déjà la passion même si je n’y comprenais pas grand-chose.

RD: Peux-tu nous parler un peu de tes débuts en tant que Mc en 2013 ?

Avant 2013, je grattais quelques trucs dans ma chambre. Mais j’ai véritablement commencé le rap quand j’ai fréquenté les cyphers, assisté à des concerts au G hiphop (NDLR: Foyer des Jeunes de Guediawaye Wakhinane Nimzat) par exemple, parce que c’était tout près. Ça nous a beaucoup aidés, le fait d’aller au Ghiphop et de voir beaucoup d’artistes. Mais je peux dire 2013. Je suis entré en studio en 2014 et j’ai sorti un morceau.

RD : Débuts difficiles

Au Sénégal, les trucs sont difficiles. Personne ne te dira qu’il a eu des débuts faciles. Tu vas ramper et rencontrer pas mal d’obstacles. Tu dois croire en toi d’abord, avant que les gens ne le fassent. Donc c’était difficile et mes proches insistaient plus sur les études que la musique, malgré le fait que mon père fut bassiste. Après, il y a eu un moment durant lequel, j’ai eu un peu de liberté pour pouvoir allier les deux.

<< A chaque fois que je joue, je visionne mes prestations pour mon autocritique>>

RD: Quelles ont été tes influences ?

De mes grand-frères. C’était eux les mélomanes, ils écoutaient tout le temps de la musique, mais je peux dire que MTV était la source principale. C’est là-bas où on était au courant des nouveautés et tout. C’est comme cela que j’ai appris certains détails comme les rimes. Donc les influences c’est eux.

RD : Tes influences  Rap au début ?

Au début, j’avais des idoles, mais j’avais aussi un grand-frère qui rappait en groupe (NDLR : Paapa Rey) avant de chanter. Ils répétaient à la maison, du coup je les voyais tout le temps et j’étais à leurs côtés.

Mais j’avais des idoles comme Kendrick Lamar, Eminem, Kanye West. Je suivais leur travail et j’essaie de copier ce qu’ils faisaient jusqu’à ce que je prenne ma propre voie.

RD: Vous avez un nickname assez particulier, Ashs signifie quoi ?

« Ashs»  provient de Ass. Je m’appelle Elhadji  Arfand mais je l’ai stylisé. Tout le monde m’appelait Ass donc voilà. « The best » par contre, ça ne vient pas de moi. C’est durant les freestylecyphers qu’est né ce surnom. J’avais l’habitude de le répéter très souvent « I’m the best » puis le surnom s’est répandu. Dès que je commençais à rapper les gens disaient voici The Best. Par la suite, j’ai pris les deux, ce qui donne Ashs The Best.

RD : Le « h » signifie quelque chose ?

En fait, au début c’était Ass tout court. Quelque temps après, je me suis dit pourquoi pas rajouter le « h ». J’avais l’habitude de dire à mes potes que je suis un hitmaker et c’est le « h » de hitmaker que j’ai rajouté à Ass.

RD: Vous avez participé à différents concours de rap, des festivals à Pikine et Guédiawaye. Elles ont eu un impact sur votre carrière.  T’as du vraiment batailler, ramper comme on dit pour en être là où tu es. Même s’il reste de tas de choses à faire.

Personnellement, c’est ce qui a fait ma carrière. Nos participations aux concours, concerts ont complété notre palette artistique. Je parle du côté musique et présence scénique et tout, parce que les festivals comme Guédiawaye by Rap, Festa 2H, Thiaroye 44 sont des évènements qui contribuent à notre popularité. Et à chaque fois que je joue, je visionne mes prestations pour mon autocritique. J’essaie de voir si ma diction est claire par exemple. Donc je peux dire que ça a eu un impact. Et jouer en concert et totalement différent d’être en studio.

<< Le milieu est difficile donc si tu vois un truc qui marche, sur lequel tu peux t’appuyer pour avancer tu le fais quoi>>

RD: En 2017 vous étiez finaliste du concours Flow Up, et cette année aussi vous l’êtes. Pouvez-vous revenir un peu sur celui de 2017. Le flow up sert de véritable tremplin pour les vainqueurs en plus…

Oui. On a perdu mais on ne le méritait pas. C’est vrai qu’on n’a pas gagné mais on n’a pas démérité non plus. On s’est donné au maximum, et le flow up nous appris beaucoup de choses. Côté musique et tout. Au sortir du concours, j’ai compris beaucoup de choses. Pour moi les choses se font étape par étape. C’était une bonne chose donc voilà.

RD: Comment préparez-vous la finale de cette année prévue en Décembre ?

Je ne pourrai pas tout dire, mais on est en pleine préparation. Je donne rendez-vous au public en Décembre car je suis en train de préparer du lourd. Mais je peux pas tout détailler.

RD: Vous enchainez les freestyles dernièrement, en collaboration avec le label hikhop musif, The Best Friday pourquoi ce choix ?

On avait beaucoup de sons. En fait, je fais tout le temps des morceaux dès que je le sens. Donc on s’est retrouvés avec beaucoup de morceaux et s’est dit qu’on allait sortir un EP, et les autres morceaux non sélectionnés ne pouvaient pas ne pas sortir puisqu’on les a déjà faits. Donc pourquoi pas les sortir. Ce sont ces morceaux, retravaillés bien sûr, qui sont devenus les The best friday. On a décidé de les sortir tous les deux vendredis jusqu’à la date de l’EP? en Janvier. Et puis c’est de la promo. Il reste 3 levels.

RD : Pourquoi le choix du label ?

Avec Hikhop c’est une affaire de famille. Yakine, on était partenaires à la base mais on est devenus frères. Je l’ai connu grâce à Paapa Rey, et s’est dit pourquoi ne pas bosser. Puis, le milieu est difficile donc si tu vois un truc qui marche, sur le quel tu peux t’appuyer pour avancer tu le fais quoi. Donc j’ai choisi Hikop et puis ils font de superbes prods.

RD: Un Ep est prévu pour Janvier. C’est toujours en collaboration avec le même label ? Dites-nous en un peu plus.

Oui le même label. L’EP est prêt en fait. Tout est quasiment bouclé, il y a juste quelques retouches à effectuer.

RD : Côté ambiance. Y aura du nouveau ?

Oui il y a différents styles que les gens n’ont pas encore découverts chez nous. Je ne m’impose pas de barrières en fait. Je fais de la musique. Ya plusieurs couleurs dans l’EP, Plusieurs mélodies.

<< Pour moi, la musique c’est de la création. Chacun doit faire ce qu’il ressent. >>

RD: On revient un peu sur le morceau qui a eu pas mal d’échos à sa sortie, My nigga. D’abord c’est Iss qui a fait la musique. Comment s’est passé la conception du morceau déjà ?

Iss a fait la musique. On était au studio, tranquilles, puis il a sorti la prod. J’ai eu des idées en l’écoutant et il m’a dit pourquoi ne pas en faire un morceau. Je suis parti avec chez moi pour effectuer la prise (NDLR: I dispose d’uns tudio chez lui). Il  y a eu par la suite une maison de production basée à Paris, Nautylus Prod, qui a additionné quelques trucs. J’ai ensuite fait écouter le morceau à Iss et à des potes, ils l’ont validé.

RD: Des retours par rapport au morceau ? Il vous a lancé en quelque sorte…

Oui parce que je peux dire que c’est mon premier single. C’était en janvier 2017. C’était un bon morceau, c’était dope. Y a des trucs similaires dans l’EP en plus. Je ne dirai pas que c’était mon meilleur morceau durant cette période, mais je dirai que ce fut sa période. Et a eu de l’écho parce que grâce à « My Nigga », des gens ont connu Ashs et tout.

RD: Vos rapports avec Iss et autres rappeurs de Guediawaye ? Je vous trouve souvent au GHipHop…

Iss (814 Beats) on a de bons rapports. Je ne le considère pas comme un rappeur, car nous deux c’est bien avant le rap. On est des frères. On s’appelle et tout. Même pas qu’au niveau de Guédiawaye hein. J’entretiens de bonnes relations avec d’autres rappeurs avec lesquels j’ai eu à bosser. Donc Iss c’est un grand frère. Des fois j’ai des idées en tête que lui soumets. Et vice versa. C’est pareil pour les autres rappeurs aussi. Je suis là je n’ai pas de beef avec quiconque lol.

RD: Justement. Quel est votre point de vue par rapport au Rap Galsen actuellement ?

Ca va. A mon avis ça bouge. Beaucoup de gens disent que ça ne marche pas, mais ça marche. Tu commences à voir différents styles, le trap-mbalax par exemple, plusieurs initiatives. Avec plus de soutien ça va bouger davantage.

RD : Restons sur le trap-mbalax. T’as pas l’impression que tout le monde s’y met ?

Le problème c’est qu’y a des rappeurs qui ne font que suivre la tendance. Quelqu’un réussit à faire un bon morceau, demain tu vois quelqu’un d’autre le copier. Pour moi, la musique c’est de la création. Chacun doit faire ce qu’il ressent. Avant t’entendais le même truc dans le rap galsen, mais maintenant, y a plusieurs styles. Les gens essaient de nouveaux trucs donc. Et puis le trap-mbalax vient d’ici quand même, les gars l’ont créé. Malgré le fait que tout le monde s’y met.

RD : T’écoutes quoi actuellement ?

L’album d’Elzo Jamdong (NDLR: Macina), celui de Nix (NDLR: Excuse My Wolof 2 – The Ñuulest)  aussi nice. J’écoute tout le monde en fait.

Propos recueillis par Black Milk & Magnsor pour Rapdjolof.

photos:  Rap Djolof